Encore une fois, les HLM font la manchette pour les mauvaises raisons : des locataires de Cowansville dénoncent la présence de moisissures dans leurs logements et les organismes qui les accompagnent confirment que les travaux majeurs sont constamment retardés. Rappelons qu'il reste plus d'1 milliard $ dans le PRHLM pour faire ce type de rénovations majeures : est-ce que les fonds seront débloqués rapidement ? Un dossier suivi de près par les associations des locataires et par la FHLHLMQ.
Pour les détails, nous reproduisons ici un article publié le 11 août dernier sur le site de Radio-Canada :
« Mes filles n’arrivent pas à respirer » : des HLM en piètre état à Cowansville, par Thomas Deshaies
Des locataires d’habitations à loyer modique de la Terrasse Bellerive à Cowansville tomberaient malades à répétition à cause d’un problème de moisissures qui persiste depuis des années. Ils dénoncent ce qu’ils jugent être du laxisme de l’Office d’habitation(OH) de Brome-Missisquoi et réclament de ne pas être traités comme « des animaux ». L’office affirme que des travaux majeurs sont à venir et qu’aucune donnée ne prouve que l’état des bâtiments met à risque la santé des locataires.
"Mes filles, parfois, n’arrivent pas à respirer, on doit acheter des pompes et ça les empêche de dormir", témoigne Curtis MacMillan, qui habite depuis 20 ans dans le complexe de plusieurs dizaines de logements à loyer modique de la Terrasse Bellerive.
Les immeubles construits il y a plus de 60 ans ont obtenu une cote de vétusté E, soit la pire note de la Société d’habitation du Québec(SHQ).
Radio-Canada a rencontré cinq autres locataires qui affirment que des problèmes de moisissures persistent depuis des années. Leurs enfants auraient pour la plupart développé des problèmes respiratoires au fil des ans. Si le lien de cause à effet n’a pas été prouvé, les doutes persistent. Dans l’appartement de Marielle Leclair que nous avons visité, il y a du bicarbonate de soude au plancher pour masquer l’odeur de la moisissure qui proviendrait du mur. Elle dit que les dégâts causés par une infiltration d’eau dans le toit il y a un an n’auraient jamais été complètement réparés. Ils nous traitent comme des animaux, dénonce-t-elle.
Les enfants tombent malades au fil des ans
Une locataire, Breana Lynn Morin, a grandi dans un appartement du complexe de Terrasse Bellerive. À l'âge adulte, elle est devenue tutrice de plusieurs enfants des HLM.
Jugeant la situation anormale, elle a mené sa propre enquête et récolté les témoignages de 10 familles dans les dernières années. J’ai fait des questionnaires, pris des notes, des photos. Beaucoup de gens ici sont malades, beaucoup d’enfants le sont, explique-t-elle.
Elle est persuadée que l’état de vétusté avancé des bâtiments est en partie responsable. Ça me rend triste. J’ai grandi avec ces familles. Les enfants tombent malades au fil des ans, témoigne-t-elle.
Aucune preuve de risque pour la santé, selon l’OH
La directrice générale de l’OH Brome-Missisquoi, Sophie Chagnon, qui est en poste uniquement depuis le mois de mai dernier, se veut rassurante. À ma connaissance, on n’a pas de données qui soutiennent qu’il y aurait des problèmes de santé reliés à l’état des immeubles.
Quand on a des données probantes, c’est sûr qu’on réagit. Elle se dit bien consciente de l’état de vétusté des immeubles de Terrasse Bellerive et de la Place Caroline. Nous avons des projets majeurs qui s’en viennent pour ces secteurs en particulier, des travaux majeurs de démolition et de reconstruction. Ça inclura aussi beaucoup de travaux de plomberie, de toiture. Des millions de dollars seront investis, souligne-t-elle.
Elle dit être en communication directe avec la Société d’habitation du Québec pour faire accélérer les choses.
Ces travaux sont planifiés pour 2027-2030. Questionnée sur la possibilité de régler les enjeux de moisissures à plus court terme, elle répond qu’il sera possible de reloger certains locataires advenant le cas où on décèlerait une problématique.
De son côté, la santé publique de l'Estrie déclare qu'elle n’a reçu aucun signalement concernant la présence de moisissures à la Résidence Terrasse Bellerive de Cowansville. Elle ajoute cependant qu'une résidente a communiqué avec nous [le 11 août] afin de nous faire part de ses préoccupations à ce sujet. Conformément à notre rôle, nous effectuerons un suivi auprès de cette personne et au besoin, procéderons aux vérifications nécessaires.
Un organisme communautaire de la région a d’ailleurs alerté Radio-Canada, jugeant que le traitement des demandes des locataires par l’office était inadmissible.
Un employé de l’OH Brome-Missisquoi, qui n’a pas souhaité nous accorder d’entrevue par peur de représailles, nous a confié que des travaux importants, notamment pour réparer des murs affectés par la moisissure, seraient reportés depuis des années.
Marta Gomes, une travailleuse de proximité auprès des aînés vulnérables pour un organisme communautaire dans le secteur de Lac-Brome, dénonce quant à elle un manque de respect généralisé. Elle accompagne des locataires des immeubles de l’OH à Lac-Brome.
Le fait que ces gens ne sont pas traités comme les locataires normaux, ça me dérange.
Un lien de confiance brisé, admet l’OH Brome-Missisquoi
La nouvelle directrice générale qui a amorcé une restructuration de l’organisation admet toutefois qu'on peut faire mieux. Sophie Chagnon constate que les relations entre certains locataires et l’OH ne sont pas bonnes. Le lien de confiance est brisé entre les locataires et l’office. Cela a été souvent nommé, souligne-t-elle.
Elle tente d’ailleurs d'instaurer des mesures pour améliorer les communications et rebâtir la confiance. Un comité consultatif composé de locataires a été récemment formé et elle souhaite la création d’associations de locataires. La transparence, c’est la meilleure chose.
En refaisant vivre les associations, en recréant les liens de confiance, les gens vont se réapproprier leur milieu et vont en prendre soin encore mieux.
On a aussi rapporté à Radio-Canada des enjeux de moisissures à la Place Caroline, à Cowansville, des immeubles de l’OH Brome-Missisquoi. L’OH Brome-Missisquoi gère 497 logements à loyer modique répartis dans huit municipalités de Brome-Missisquoi.
La ministre de l'Habitation, Karine Boivin Roy, a commenté la situation mardi en fin d'après-midi. C’est une situation déplorable qui n’a pas lieu d’être, et j'en suis profondément touchée. J'ai demandé à mes équipes de faire rapidement toute la lumière dans ce dossier afin d’évaluer les actions possibles. Nous sommes en train de recueillir toutes les informations nécessaires et suivrons la situation de très près, souligne-t-elle.